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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

LA GÉRIATRIE TOUJOURS AU CŒUR DE LA FRANCOPHONIE!

Par Christine Danjou, inf., M. Sc., et Josée Guillemette, inf., M. Sc. – CHU de Québec


Josée Guillemette et Christine Danjou

Désireuse d'améliorer la qualité de vie des personnes âgées, la Société Française de Gériatrie et Gérontologie tenait, du 2 au 4 octobre 2012, à Paris, ses 32e Journées annuelles. L'événement a attiré plus d'un millier de participants provenant majoritairement de la francophonie européenne, principalement des gériatres, mais également des professionnels en nutrition, en kinésiologie, en sécurité civile et bien sûr, en soins infirmiers. Différents spécialistes ont fait état des nouveautés et avancées en gérontologie et en gériatrie. Plusieurs thèmes ont été abordés lors de ces journées, notamment l'intérêt de la médication en médecine gériatrique, l'analyse sémiologique des troubles de la marche, la dénutrition, l'incontinence vésicale, la conduite automobile et le suicide en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) – l'équivalent d'un CHSLD. Il aurait été intéressant de vous entretenir de l'ensemble des thèmes abordés, mais nous nous limiterons à ceux ayant le plus retenu notre attention.

Médication en médecine gériatrique 

Dans la présentation du Dr Claude Jeandel, de Montpellier, différents liens ont été exposés entre l'usage de certains médicaments et leurs complications. Le Dr Jeandel a rapporté l'augmentation du risque d'infarctus en début de traitement des démences par antipsychotiques. En effet, une étude canadienne (Pariente et al., 2012) a mentionné que le risque d'infarctus du myocarde augmentait de plus du double après le premier mois d'utilisation d'un antipsychotique, et que ce risque demeurait présent, bien que légèrement diminué, après un an de traitement. Lors de cette allocution, le Dr Jeandel a également cité deux études (Allenet, Schmidlin, Genty, & Bosson, 2012; Hagg, Jonsson, & Spigset, 2009) liant l'usage d'antipsychotiques à l'augmentation de 82 % du risque thrombo-embolique veineux. Il a également fait part des résultats d'une étude de cohorte (Billioti de Gage et al., 2012) qui, après 15 ans de suivi, a démontré le lien entre l'utilisation de benzodiazépines et le développement d'une démence. Une démence a été développée chez 32 % des aînés exposés aux benzodiazépines, comparativement à 23 % du groupe contrôle, soit une augmentation de 60 % du risque après ajustement.

Troubles de la marche 

Les troubles de la marche ont différentes significations entraînant une multitude de conséquences. En effet, les professeurs Kemoun et Beauchet ont énoncé le principe de la « double tâche », soit la marche effectuée en même temps qu'une autre activité cognitive telle que parler. L'impossibilité de réaliser une double tâche constitue un facteur de risque élevé de chute. Jumeler la parole à la marche est interprété par le cerveau comme des interférences dues à une compétition des besoins attentionnels requis pour chaque tâche. Le professeur Beauchet conclut, par contre, que d'effectuer des exercices physiques rythmés diminue ces interférences et conséquemment le risque de chute. Quant à lui, le Dr Cédric Gaxatte, de Lille, a évoqué la « peur de tomber » comme étant une sensation d'insécurité en position debout, une appréhension lors de la marche, une inquiétude d'intensité variable par rapport au risque de tomber qui limite les performances dans les activités quotidiennes ou une perte de confiance en ses propres capacités. Cette peur de tomber est la peur prédominante chez l'aîné, devant la peur de se faire cambrioler et celle de manquer d'argent. Cette peur étant principalement ressentie par les chuteurs, mais également par les non-chuteurs. Heureusement, l'efficacité de certaines interventions a été démontrée dans un contexte ambulatoire. Un programme d'exercices physiques, le Tai-chi, le protecteur de hanches et l'approche cognitivo-comportementale en groupe se sont avérés efficaces. Finalement, le Dr Gaxatte a présenté un modèle conceptuel intéressant permettant d'objectiver les aires où évolue la personne, soit « l'échelle d'espace de vie » (Peel et al.,  2005). Cette échelle est représentée par des cercles concentriques rayonnant à partir de l'espace de la chambre à coucher jusqu'à un espace illimité de déplacement, en passant par le domicile, le quartier et la ville.

Conduite automobile

La professeure Sylvie Bonin-Guillaume, de Marseille, a animé un débat d'actualité sur la conduite automobile chez l'aîné. Ce débat de société semble d'intérêt international et similaire d'un pays à l'autre. La conduite automobile est reconnue comme étant un signe d'autonomie et d'indépendance. Les aînés tiennent à conduire pour conserver leur mobilité, leurs relations amicales et familiales (Association Prévention Routière et Fédération Française des Sociétés d'Assurances, 2009). Une des panélistes de ce débat, la Dre Colette Fabrigoule, de Bordeaux, a affirmé qu'il existe plusieurs raisons indiquant la nécessité de retirer le droit de conduire. En général, les conducteurs ont conscience de leurs limitations et modifient en conséquence leurs activités de conduite. Ils en diminuent les distances à parcourir, évitent certaines situations comme la conduite de nuit ou cessent complètement de conduire. Aussi, la Dre Fabrigoule a présenté des résultats d'études surprenants. En effet, elle a invoqué que le diagnostic de maladie d'Alzheimer à lui seul ne permettait pas de prédire une conduite sécuritaire ou dangereuse. C'est plutôt les capacités cognitives atteintes, telles que l'attention sélective, l'inhibition, la double tâche, le ralentissement et la planification qui sont tributaires du maintien ou non de la capacité à conduire.

En conclusion, la SFGG nous a encore démontré que la gérontologie et la gériatrie étaient en pleine effervescence et que le travail des experts contribuait à l'avancement de ces spécialités.

Un merci particulier à La Banque TD et à Verathon Medical, Québec.

 

Bibliographie :

Allenet, B., Schmidlin, S., Genty, C., & Bosson, J. L. (2012). Antipsychotic drugs and risk of pulmonary embolism. Pharmacoepidemiol Drug Saf, 21(1), 42-48. doi: 10.1002/pds.2210
Association Prévention Routière et Fédération Française des Sociétés d'Assurances. (2009). Séniors : mobilité et risques routiers. Retrieved 01-17, 2013, from http://www.ffsa.fr
Billioti de Gage, S., Bégaud, B., Bazin, F., Verdoux, H., Dartigues, J.-F., Pérès, K., . . . Pariente, A. (2012). Benzodiazepine use and risk of dementia: prospective population based study. BMJ, 345. doi: 10.1136/bmj.e6231
Hagg, S., Jonsson, A. K., & Spigset, O. (2009). Risk of venous thromboembolism due to antipsychotic drug therapy. Expert Opin Drug Saf, 8(5), 537-547. doi: 10.1517/14740330903117271
Pariente, A., Fourrier-Reglat, A., Ducruet, T., Farrington, P., Beland, S. G., Dartigues, J. F., . . . Moride, Y. (2012). Antipsychotic use and myocardial infarction in older patients with treated dementia. Arch Intern Med, 172(8), 648-653; discussion 654-645. doi: 10.1001/archinternmed.2012.28
Peel, C., Sawyer Baker, P., Roth, D. L., Brown, C. J., Brodner, E. V., & Allman, R. M. (2005). Assessing mobility in older adults: the UAB Study of Aging Life-Space Assessment. Phys Ther, 85(10), 1008-1119.

 

ERRATUM : une erreur s'est glissée dans le cyberjournal volume 4 numéro 1, rubrique Cliniquement vôtre. L'ordre d'apparition des auteurs aurait dû se lire comme suit :

LE MENTORAT PAR LES PAIRS

Une initiative pour aider les étudiants en sciences infirmières de l'Université Laval

Par Catherine Tremblay, inf. M. Sc. inf. (c), Pascale Bouchard, inf. M. Sc. inf. (c), Amélie Jalbert Castonguay, inf. M. Sc. inf. (c), Catherine Morisset, B. Sc. inf.

Toutes nos excuses.

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