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CLINIQUEMENT VÔTRE

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L'alliance thérapeutique à l'ère du vieillissement de la population et de la gestion des maladies chroniques : un rôle naturel pour la profession infirmière

Par Philippe Voyer, inf., Ph. D., Faculté des sciences infirmières – Université Laval
et Sandra Racine, inf., M. Sc., Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale

Le vieillissement de la population est un phénomène tangible qui a un impact certain sur la pratique d'un nombre de plus en plus grand d'infirmières. Il ne s'agit plus d'une information démographique hypothétique, mais bien d'une réalité vécue au quotidien. Par exemple, pour les infirmières des services d'urgence, le vieillissement de la population se traduit par un nombre accru d'aînés sur civière. Dans les hôpitaux, le personnel note également l'augmentation considérable des aînés en attente d'hébergement. Pour ce qui est du programme de soutien à domicile, un pourcentage de plus en plus élevé de soins et de services est offert aux aînés afin de leur permettre de demeurer à domicile et de prévenir les visites à l'hôpital.

Cette utilisation croissante des services de santé s'explique en partie par la prévalence élevée des maladies chroniques qui affectent les aînés. Plus une personne est âgée, plus elle est à risque de souffrir d'une ou de plusieurs maladies chroniques. Or, les maladies chroniques exigent des soins à long terme, et le système de santé devra s'y adapter. Selon diverses études, il y a une fraction de la population qui serait responsable de la majorité des coûts hospitaliers et des soins à domicile. À la lumière de ces données, le système de santé devrait s'intéresser davantage aux personnes les plus vulnérables.

Le modèle de prévention et de gestion des maladies chroniques est une partie de la solution. Selon ce modèle, il faudrait adopter une approche proactive dans ce domaine. Il faudrait d'abord redoubler nos efforts concernant les interventions à effectuer au regard de la prévention de certains facteurs de risque tels que le tabagisme, la sédentarité, l'embonpoint et l'abus d'alcool. De même, il faudrait revoir la façon dont le système de santé accompagne les personnes atteintes de maladie chronique. En effet, il ne faudrait pas attendre qu'elles consultent le système de santé pour un état exacerbé de la maladie, mais plutôt intervenir en amont pour leur offrir des services sur mesure répondant à leurs besoins. Ces services doivent viser les facteurs clés permettant une gestion efficace des maladies chroniques. Ces facteurs sont présentés dans le tableau Les facteurs clés d'une gestion efficace des maladies chroniques par l'infirmière.

L'examen de l'ensemble de ces facteurs clés nous permet de constater qu'ils sont taillés sur mesure pour la profession infirmière. En effet, les infirmières possèdent toutes les compétences nécessaires pour assumer un rôle central dans la gestion des maladies chroniques. À titre d'exemple, le partenariat, qui ne peut s'établir sans la création d'une alliance thérapeutique, est au cœur du modèle de gestion des maladies chroniques. L'idée de maintenir une alliance thérapeutique à long terme avec la clientèle s'insère bien avec une approche centrée sur la personne. Or, il ne prévaut pas présentement dans nos milieux cliniques une vision claire à ce sujet, ni une organisation des services permettant d'y répondre. Par exemple, si un aîné atteint d'une maladie aiguë est hospitalisé, il sera soigné selon les manifestations de cette maladie, mais peu d'attention sera accordée aux autres conditions chroniques qui affectent son état de santé. Ce constat est d'autant plus vrai si les maladies chroniques sont stables. Suivant sa guérison, il retournera à son domicile et aucun suivi ne sera établi sauf celui prévu par le médecin traitant, si bien sûr il en a un! En effet, plusieurs aînés suivis par le programme soutien à domicile n'ont pas de médecin de famille. Dans une vision de gestion des maladies chroniques, cet aîné guéri de sa maladie aiguë devrait tout de même être dirigé vers un GMF ou un CLSC (selon son degré d'autonomie). Les soins requis par une condition chronique ne sont pas épisodiques, ils sont continus. La maladie étant chronique et souvent évolutive, les besoins le sont aussi. Par conséquent, les services infirmiers doivent être accessibles en tout temps. Évidemment, les besoins de l'aîné sont changeants donc, nécessairement, l'intensité des soins le sera aussi. Concrètement, la fréquence des rencontres entre l'infirmière et l'aîné sera toujours en ajustement, mais jamais l'alliance thérapeutique ne devrait être rompue.

Le modèle de prévention et de gestion des maladies chroniques nous apprend un élément fondamental : ne jamais cesser l'alliance avec l'aîné, même lorsque la situation est stable, car, tôt ou tard, il aura besoin de soins et d'enseignement pour le maintenir actif dans l'autogestion de sa maladie. À la lumière de cette nouvelle réalité, des changements s'opèrent dans l'organisation des soins. Par exemple, au CSSS de la Vieille-Capitale, il a été décidé de revoir l'organisation des soins infirmiers afin d'offrir un meilleur soutien aux aînés atteints de certaines maladies chroniques telles que la MPOC et l'insuffisance cardiaque. Ainsi, au cours de la prochaine année, une équipe d'infirmières qui se consacre exclusivement aux soins aux aînés en perte d'autonomie sera créée. Cette équipe assurera un suivi clinique adapté aux aînés atteints de divers problèmes de santé ainsi qu'un soutien aux proches aidants. La particularité de ce service est que l'alliance thérapeutique avec la clientèle est valorisée, si bien que des suivis à long terme pourront être assurés. Outre l'avantage du maintien de l'alliance thérapeutique, une telle organisation des soins permettra la création d'une expertise spécifique et une amélioration de la qualité et de la sécurité des soins offerts à une clientèle vulnérable. Les infirmières travailleront selon une vision de la gestion des maladies chroniques décrites dans le tableau. Par des soins infirmiers de ce type, il a été démontré que les aînés restent autonomes plus longtemps, sont davantage satisfaits des soins reçus, évitent une utilisation non optimale des services hospitaliers et que leurs proches sont moins à risque d'épuisement (Voyer, 2013).

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