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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Pour y voir plus clair avec les ordonnances collectives

Par Frédéric Douville inf., M. Sc., doctorant en santé communautaire. Conseiller clinicien en soins infirmiers, programme de médecine spécialisée. Direction des soins infirmiers de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Vous travaillez de soir sur une unité de chirurgie. Vers 22 h, un patient qui a subi une intervention chirurgicale il y a 12 heures manifeste un inconfort pelvien. Durant votre évaluation clinique, vous notez la présence d'un globe vésical. La mesure du volume vésical par ultranoscopie pulsée vous confirme un résidu plus grand que 800 ml. Il n'y a aucune ordonnance individuelle de cathétérisme vésical au dossier du patient. Avez-vous d'autres options que de contacter le médecin de garde? Peut-être avez-vous une ordonnance collective pour cette intervention.

Depuis l'adoption de la Loi modifiant le Code des professions et d'autres dispositions législatives dans le domaine de la santé, divers professionnels de la santé ont la possibilité d'émettre des ordonnances collectives (OC) afin d'exploiter pleinement leur champ d'exercice et de répondre à un besoin clinique. L'utilisation d'OC permet aux professionnels de la santé de mieux collaborer aux soins des patients selon leur champ d'exercice respectif. Les OC permettent, entre autres, d'améliorer la complémentarité entre les médecins et les infirmières (Larouche, 2006). Il est à noter que les OC ne visent pas uniquement les médecins et les infirmières. Elles peuvent aussi habiliter d'autres professionnels de la santé tels que les pharmaciens, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes et les nutritionnistes.

Selon le Règlement sur les normes relatives aux ordonnances faites par un médecin, une OC est « une prescription donnée par un médecin ou un groupe de médecins à une personne habilitée, ayant notamment pour objet les médicaments, les traitements, les examens ou les soins à donner à un groupe de personnes ou pour les situations cliniques déterminées dans cette ordonnance, les circonstances dans lesquelles ils peuvent l'être, de même que les contre-indications possibles ». Ainsi, les OC ne visent pas uniquement l'administration de médicaments, mais aussi l'exécution d'examens ou de traitements (OIIQ, 2013).

Lorsqu'une OC pour les infirmières est émise, il est à noter que toute infirmière autorisée, qu'elle soit bachelière ou non, est par conséquent habilitée à exécuter cette OC pour autant qu'elle ait les compétences pour l'appliquer (Larouche, 2006). Il est de la responsabilité des infirmières, avant d'appliquer une OC, de s'assurer d'avoir les connaissances et les compétences requises pour l'activité en question. De plus, l'infirmière doit être en mesure d'évaluer l'état de santé du patient, de connaître les risques inhérents à l'activité visée, de s'assurer que les ressources médicales sont disponibles pour intervenir en cas de complications et de se référer au médecin traitant si des précisions sont requises (OIIQ/FMOQ, 2005).

L'infirmière, par le biais d'une OC, a donc la latitude d'exercer certaines activités sans avoir à obtenir une ordonnance individuelle du médecin. Toutefois, elle doit respecter l'intention thérapeutique d'origine (OIIQ, 2013). Par exemple, une infirmière ayant dans son établissement de santé une OC sur l'administration d'acétaminophène pour une céphalée ne peut administrer l'acétaminophène pour des fins de douleur à une plaie chirurgicale. Par ailleurs, les infirmières doivent noter au dossier du patient que le traitement ou la médication a été exécuté par le biais d'une OC.

Les OC n'existent pas uniquement dans les établissements de santé, elles peuvent aussi être déployées dans les cabinets privés, les Groupes de médecine de famille (GMF), les cliniques-réseau et les pharmacies communautaires. Il s'agit alors d'OC hors établissement, dites communautaires.

Les OC permettent d'assurer une qualité de soins basée sur le jugement clinique de l'infirmière et peuvent s'avérer particulièrement utiles dans des situations d'urgence. Quelques défis demeurent quant au respect des principes de détermination des OC : la mise à jour de ces dernières, leur diffusion auprès des professionnels habilités et la formation nécessaire pour les exécuter (OIIQ/FMOQ, 2005).

À la lumière de ces informations, vous auriez pu, sur la base de votre évaluation et de votre jugement clinique, effectuer le cathétérisme vésical si une telle OC avait existé dans votre milieu clinique.

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