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CLINIQUEMENT VÔTRE

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L'ABC de l'évaluation du risque suicidaire

Philippe Asselin

Par : Philippe Asselin, inf., M. Sc., conseiller en soins spécialisés – santé mentale, CHU de Québec

En 2007, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a publié une prise de position et un Guide de pratique clinique, Prévenir le suicide pour préserver la vie. Ce faisant, l'OIIQ réaffirmait le rôle primordial de l'infirmière en prévention du suicide.

En effet, l'infirmière bénéficie d'une proximité auprès de la clientèle, et ce, tout au long du continuum de soins (OIIQ, 2007). De plus, les deux premières activités réservées de l'infirmière se situent au cœur de la prévention du suicide soit : (1) d'évaluer la condition physique et mentale d'une personne symptomatique et (2) d'exercer une surveillance clinique de la condition des personnes dont l'état de santé présente des risques, y compris le monitorage et les ajustements du plan thérapeutique infirmier (OIIQ, 2013).

Lorsque l'infirmière dépiste des signes avant-coureurs de suicide (ex. : propos et changements de comportement), celle-ci doit vérifier la présence des idées suicidaires avec la personne et faire l'évaluation du risque suicidaire. Lors de cette étape très importante, l'infirmière doit collecter toutes les données cliniques pertinentes, en faire l'analyse et décider des interventions prioritaires à mettre en place (OIIQ, 2007).

Cette évaluation ne peut se limiter à la présence ou l'absence d'un plan. Afin de rendre cette évaluation accessible à toutes les infirmières, tout en maintenant un processus rigoureux, « L'ABC de l'évaluation du risque suicidaire » est apparu comme un moyen facilitant. L'acronyme « ABC » rappelle qu'une évaluation complète du risque suicidaire doit nécessairement inclure une évaluation de la condition mentale et des facteurs de risques et de protection.

A : Tout d'abord, l'évaluation du risque suicidaire doit tenir compte de la condition mentale de la personne (AIIO, 2009; CAMH, 2010; OIIQ, 2007). Cette évaluation est essentielle, compte tenu de l'importante relation entre le suicide et les problèmes de santé mentale (AIIO, 2009). Lors de cette évaluation, l'infirmière recueille des données sur le problème de santé actuel, les antécédents, l'histoire psychosociale, etc. Elle recherche la présence de signes et de symptômes d'un trouble mental, comme un état dépressif. Lors de l'entrevue, l'infirmière effectue son examen mental, soit l'apparence de la personne, le comportement moteur, les caractéristiques du langage, l'état émotionnel, les opérations de la pensée, les perceptions, les fonctions cognitives, le jugement et l'autocritique (AIIO, 2013; CAMH, 2010; Fortinash & Worret, 2013).

B : Les facteurs de risque de suicide et de protection de la personne constituent la partie centrale de l'évaluation (AIIO, 2009; Fortinash & Worret 2013; OIIQ, 2007). Quelques exemples de ces facteurs sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Facteurs de risque de suicide
(exemples)
Facteurs de protection
(exemples)
  • Tentative de suicide antérieure
  • Suicide chez un membre du réseau immédiat de la personne
  • Problèmes de santé mentale
  • Problèmes de dépendance à l'alcool ou aux drogues
  • Absence de réseau de soutien
  • Refus de demander de l'aide
  • Impulsivité
  • Disponibilité des moyens pour se suicider
  • Capacité de demander de l'aide
  • Capacités de résoudre des problèmes et de gérer son stress
  • Présence d'espoir
  • Réseau de soutien social (famille, amis, etc.)
  • Accès à des services d'aide adaptés (professionnels, ressources communautaires, etc.)
  • Continuité des services


L'infirmière évalue les facteurs qui peuvent augmenter le risque de suicide. L'infirmière porte particulièrement attention aux tentatives de suicide antérieures, à la consommation de substances, au faible réseau de soutien et à l'impulsivité. Elle demeure vigilante dans des moments critiques (facteurs qui pourraient précipiter les tentatives) tels qu'une rupture amoureuse, un échec professionnel ou scolaire, des difficultés financières, etc. (AIIO, 2009; OIIQ, 2007).

Ensuite, l'infirmière évalue les facteurs de protection qui sont essentiels dans l'intervention auprès de la personne. Elle vérifie les ressources personnelles et le réseau de soutien. À cette étape, il convient de rechercher la présence d'espoir et les forces de la personne (AIIO, 2009; CAMH, 2010; OIIQ, 2007).

Ainsi, l'infirmière pourra agir pour diminuer les facteurs de risque et favoriser la mobilisation des facteurs de protection afin de créer un « filet de sécurité » pour la personne (Fortinash & Worret, 2013; OIIQ, 2007).

C : L'infirmière évalue la fréquence et l'intensité des idées suicidaires, ainsi que le degré de planification, soit la présence d'un plan (COQ : comment, où, quand) et l'accessibilité au moyen si pertinent (AIIO, 2009 ; CAMH, 2010). À ce moment, l'outil d'évaluation de l'urgence suicidaire peut guider l'infirmière dans cette étape (OIIQ, 2007).

D'autres outils peuvent guider l'infirmière dans son évaluation. Cependant, l'évaluation du risque suicidaire ne devrait pas reposer uniquement sur un outil d'évaluation et les résultats de ces outils ne peuvent pas remplacer le jugement clinique (AIIO, 2009, CAHM, 2010; OIIQ, 2007; Perleman et al., 2011).

Tout au long de l'évaluation, la relation infirmière-client est primordiale. Une relation de confiance est nécessaire afin que la personne se sente à l'aise pour révéler ses pensées intimes et ses sentiments. La qualité de cette relation peut agir comme un facteur de protection (AIIO, 2009; CAMH, 2010; Fortinash & Worret, 2013).

Enfin, j'aimerais conclure en rappelant l'importance du rôle de l'infirmière en prévention du suicide et en soulignant la qualité du travail quotidien des infirmières auprès de cette clientèle. Par « l'ABC de l'évaluation du risque suicidaire », je souhaite que l'infirmière développe le réflexe d'évaluer la condition mentale, les facteurs de risque et de protection et, finalement, les idées suicidaires et la planification.

Références :

  • Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario (2009). Assessment and Care of Adults at Risk for Suicidal Ideation and Behavior.
  • CAMH (2010). Suicide Prevention and Assessment Handbook.
  • Fortinash & Worret (2013). Soins infirmiers – santé mentale et psychiatrie. Chenelière éducation : Montréal.
  • OIIQ (2007). Prévenir le suicide pour préserver la vie – Guide de pratique.
  • OIIQ (2013). Évaluer la condition physique et mentale d'une personne symptomatique.
  • Perlman, C. M., Neufeld, E., Martin, L., Goy, M., & Hirdes, J. P. (2011). Suicide Risk Assessment Inventory: a Resource Guide for Canadian Health Care Organizations. Toronto, ON: Ontario Hospital Association and Canadian Patient Safety Institute.

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