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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Moins d'infirmières dans les CHSLD : une mise en garde

Philippe Voyer, inf., Ph. D., professeur titulaire, Faculté des sciences infirmières, Université Laval, chercheur au Réseau québécois de recherche sur le vieillissement et responsable du volet enseignement du Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec

J'aimerais ajouter ma voix au débat qui a cours présentement sur la place des infirmières dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Québec, en expliquant les conséquences d'une diminution trop importante du nombre d'infirmières pour prendre soin des résidents (au-delà de 40/60).

Actuellement, la majorité des CHSLD vise le 40/60, c'est-à-dire pour 40 % des professionnels (infirmières et infirmiers, infirmières et infirmiers auxiliaires) et 60 % de préposés aux bénéficiaires (PAB). Pour l'infirmière, on s'attend à observer, dans un CHSLD, les ratios suivants : une infirmière pour de 25 à 32 résidents le jour, une infirmière pour de 50 à 64 résidents le soir et une infirmière pour de 75 à 96 résidents la nuit.

Les conclusions des études scientifiques démontrent que la composition des équipes soignantes la plus performante est celle où il y a un nombre adéquat d'infirmières qui permet à celles-ci de jouer leur rôle de leader dans l'équipe. En effet, lorsque le nombre d'infirmières par rapport aux autres soignants n'est pas optimal, la qualité des soins se détériore. Mais qu'est-ce que cela veut dire une détérioration de la qualité des soins? En fait, selon les études scientifiques dans les milieux où il y a un manque d'infirmières (mais un nombre équivalent d'infirmières auxiliaires et de PAB) on observe davantage de plaies de pression, d'infections urinaires, de pneumonies d'aspiration, de dénutrition, de chutes, d'effets indésirables et d'erreurs de médicaments, etc.

» Pour plus de détails, consultez la conférence numéro 7.

Mais encore plus concrètement, qu'est-ce que cela veut dire moins d'infirmières dans les CHSLD du Québec?

Cela signifie moins d'infirmières pour :

  • Donner des soins de fin de vie.

Pourquoi, dans les unités de soins palliatifs des hôpitaux au Québec, retrouve-t-on une infirmière pour cinq à huit patients et qu'en CHSLD, où 20 % des résidents décèdent par année, retrouverait-on une infirmière pour 50 résidents? Les résidents des CHSLD n'ont-ils pas droit à la même qualité des soins de fin de vie?

  • Donner des soins aux résidents atteints de maladies chroniques.

Pourquoi l'aîné vivant à son domicile a-t-il droit à un suivi serré d'une infirmière pour son insuffisance cardiaque, son emphysème ou son hypertension, alors qu'en CHSLD, un résident atteint de plusieurs maladies chroniques n'a plus droit à la même qualité de suivi par manque d'infirmières?

  • Donner des soins aux personnes souffrant de problèmes psychiatriques.

Comment expliquer que l'adulte souffrant de schizophrénie a droit à une infirmière pour cinq à huit patients dans les hôpitaux psychiatriques alors qu'en CHSLD, celui-ci, souffrant de la même condition, doit partager le temps infirmier avec plus de résidents?

  • Donner des soins aux aînés atteints de la maladie d'Alzheimer.

Comment une infirmière pourrait-elle prendre soin de cette clientèle dont la complexité est incommensurable si elle est seule pour 50 résidents? Ces aînés extrêmement vulnérables requièrent la présence d'infirmières pour décoder leurs comportements et comprendre leurs besoins, car ils ne sont pas en mesure de les communiquer.

Comment faire mieux avec moins d'infirmières?

La liste d'exemples pourrait prendre encore plusieurs pages. La réalité est que nous avons besoin de plus d'infirmières en CHSLD. La complexité des soins requis par la condition des résidents demande la présence de toutes les expertises. On retrouve à peine plus de 3 % des aînés québécois dans ces institutions. Quelles sont leurs caractéristiques? Ce sont ceux atteints du plus grand nombre de maladies chroniques, les plus grands consommateurs de médicaments, les plus âgés, les plus sévèrement atteints sur le plan de l'autonomie. Compte tenu de cette très grande vulnérabilité, je ne pense pas qu'il soit sage de réduire encore plus le nombre d'infirmières.

Il se peut que certaines personnes pensent que nous n'avons pas le choix, faute de moyens? Est-ce que diminuer le nombre d'infirmières est vraiment l'unique choix qui s'offre aux gestionnaires? Je ne pense pas, car plusieurs CSSS n'optent pas pour ce choix. Je pense qu'il faudrait aller voir comment ils y arrivent. Il y a en effet des CHSLD publics, avec le même niveau de financement que les autres, qui maintiennent un nombre acceptable d'infirmières en CHSLD et où la qualité des soins se distingue par son caractère exemplaire. Il y a des CHSLD qui reçoivent des prix au Québec! Pourquoi ne pas les citer en exemple? Il est très difficile de bien faire avec de faibles moyens, pourtant il y a des gestionnaires qui réussissent!

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