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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

 Par Marie-France Boudreault, inf., M. Sc.

Marie-France Boudreau
Marie-France Boudreault

Du 18 au 21 janvier 2014, s'est tenu le congrès annuel de l'American Society for Parenteral and Enteral Nutrition (ASPEN) dans la ville de Savannah en Géorgie. Grâce à une bourse de la Banque TD, en collaboration avec le Conseil des infirmières et infirmiers du CHU de Québec, j'ai pu y assister.

Des professionnels de toutes les nationalités, ou presque, étaient au rendez-vous (médecins, infirmières, nutritionnistes et pharmaciens). Les congressistes, intéressés par les thérapies de support nutritionnel, venaient de divers secteurs d'activités cliniques : chirurgie, soins intensifs, oncologie, médecine, nutrition parentérale à domicile (NPD), etc.

La première conférence portait sur la pénurie de médicaments injectables. Lorsque nous travaillons avec une clientèle qui dépend des médicaments injectables pour vivre, par exemple en raison d'une malabsorption intestinale, cette absence de ressource peut devenir un véritable casse-tête. Entre autres, à L'Hôtel-Dieu de Québec (HDQ), nous avons vécu, au cours des deux dernières années et seulement pour le programme de NPD, des pénuries d'électrolytes, de fer intraveineux, de multivitamines, d'oligoéléments, d'acétates de potassium, de lipides, etc. Au congrès de l'ASPEN, l'impact direct de ces manques sur la santé et la sécurité des patients, ainsi que les maux de tête causés aux professionnels, sont devenus l'affaire de tous.

Le président de l'Institute for Safe Medication Practices a parlé des problématiques associées à ces pénuries, des effets sur les patients (incidents et accidents rapportés lors d'un sondage dans différents milieux) et, enfin, il a présenté les ressources disponibles pour les cliniciens qui font face à ces enjeux, partout en Amérique du Nord.

En après-midi avait lieu une présentation de résultats de recherche très intéressante pour ma pratique auprès de la clientèle sous NPD. Tout comme moi, mes collègues de partout dans le monde sont constamment à la recherche de nouveaux choix thérapeutiques pour les patients qui présentent de multiples infections de cathéters veineux centraux. Depuis l'automne 2012, nous utilisons, sur le programme de NPD de L'HDQ, de l'éthanol 70 % comme solution de verrou pour nos patients qui ont présenté, dans le passé, plusieurs épisodes d'infection ou, encore, qui sont connus comme étant plus à risque de récidives (patients stomisés, administration de médicaments contre la douleur, etc.).

Les données sur l'éthanol comme solution verrou varient beaucoup en fonction de la clientèle ciblée par cette thérapie. En oncologie et en dialyse, les problématiques rencontrées ne sont pas les mêmes, et les caractéristiques de la population sont variables. Il était donc très gratifiant de réaliser que dans notre domaine d'expertise, au sein de notre programme francophone, nos approches thérapeutiques sont à jour et à l'avant-garde de ce qui se fait partout en Amérique du Nord.

Le lendemain, j'ai assisté à des conférences de niveaux scientifiques variés, dont une qui m'a fait perdre mon latin. Des chercheurs américains et anglais dédient actuellement leurs recherches sur la régénération de cellules de muqueuse intestinale pour les patients atteints d'un syndrome de l'intestin court. Ce fut franchement impressionnant de voir comment ces scientifiques sont brillants et qu'ils se consacrent à une cause qui me tient à cœur.

Dans l'après-midi, j'ai pu profiter de l'expertise de collègues au cours de tables rondes. Celle qui a été la plus enrichissante pour moi a, sans contredit, été celle sur les déséquilibres acide-base, présentée par deux pharmaciennes. Nous avons pratiqué, au cours de la session, la lecture et l'interprétation de résultats selon des mises en situation cliniques. L'acidose métabolique étant une complication fréquente des patients souffrant d'un intestin court, j'étais littéralement suspendue à leurs lèvres et j'ai conservé précieusement leur feuille aide-mémoire.

Pour terminer, sans avoir abordé tous les sujets dont je voulais initialement parler, mon moment de prédilection du congrès a été le souper-conférence où trois experts (un gastroentérologue, une nutritionniste et un pharmacien) discutaient de leur pratique auprès de la population souffrant d'un syndrome de l'intestin court. Cette affection est définie comme une longueur d'intestin grêle restant de moins de 200 cm (Ferreira et al., 2013; Matarese et al., 2005). Habituellement, le petit intestin mesure entre 300 et 800 cm. Lorsque plus de 75 % de l'intestin est réséqué, cela mène généralement à des problèmes majeurs d'absorption. La présence ou non du côlon joue un rôle important dans la survie et le traitement du patient, surtout en ce qui a trait à l'absorption des liquides. Les causes du syndrome de l'intestin court sont principalement chirurgicales et résultent, bien souvent, des suites d'une entérite radique (post radiothérapie), d'une ischémie mésentérique, d'une maladie de Crohn extensive, d'un traumatisme, des suites d'une chirurgie bariatrique ou autre.

Je pourrais vous parler pendant des heures du syndrome de l'intestin court. Peut-être dans un autre article? Éventuellement...

Références :

  1. Ferreira, I.M., et al., Vitamin serum level variations between cycles of intermittent parenteral nutrition in adult patients with short bowel syndrome. JPEN J Parenter Enteral Nutr, 2013. 37(1): p. 75-80.
  2. Matarese, L.E., et al., Short bowel syndrome: clinical guidelines for nutrition management. Nutr Clin Pract, 2005. 20(5): p. 493-502.

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