Partager sur Facebook
TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Retour sur le 6e Congrès mondial du SIDIIEF

Le 1er juin 2015 s'amorçait à Montréal le 6e congrès du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone (SIDIIEF). Pendant quatre jours, des conférenciers du monde entier sont venus discuter du défi des maladies chroniques, un appel à l'expertise infirmière.

Les maladies chroniques peuvent être un frein substantiel à la productivité d'un pays, considérant qu'environ 25 % des mortalités liées à ces maladies touchent les 60 ans et moins. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) soutient que les principaux facteurs de risques de maladies chroniques sont pour la plupart identifiables, et que si ces facteurs étaient contrôlés, 80 % des cardiopathies, des accidents vasculaires cérébraux, des cas de diabète de type 2, ainsi que 40 % des cancers pourraient être évités (SIDIIEF/RÉFIPS, 2014). Mettre tout en œuvre pour que les milliers d'infirmières dans le monde contribuent à la promotion de la santé, avec les connaissances et le savoir-faire qu'elles ont déjà, pourrait contribuer à réduire les déficits financiers des différents pays.

Des études présentées lors de ce congrès démontrent que lorsque l'accès direct aux infirmières est possible, l'accessibilité aux services de santé s'améliore de façon tangible.

Pourtant, lors du mot d'ouverture, Ghyslaine Desrosiers, présidente du SIDIIEF, déclarait :

« La profession infirmière, en raison de son importance numérique, devient trop souvent la cible des rationalisations budgétaires, voire de rationnement, dans les systèmes de santé, sans égard à la sécurité des patients, à la qualité des soins et à l'efficacité à long terme (…). Les systèmes de soins des pays de l'OCDE vivent une transition importante où la recherche du meilleur rapport coût/efficacité doit reposer sur une transparence des résultats de soins, c'est-à-dire des statistiques pertinentes qui incluent les soins infirmiers. Les infirmières ne devraient plus être considérées comme un poste budgétaire de dépenses à comprimer, mais bien comme un facteur d'efficience à long terme pour améliorer la performance des systèmes de santé. »

Par ailleurs, la révision de la Classification internationale des maladies (CIM) qui est en cours à l'OMS constitue une occasion d'ajouter des indicateurs pour mesurer la qualité des soins et la sécurité des patients sensibles aux soins infirmiers.

Jean-Marie Januel, infirmier suisse, Ph. D., affirme que les données cliniques actuelles présentent plusieurs limites importantes en matière d'hétérogénéité et d'exhaustivité, et qu'elles engendrent des coûts importants pour les collecter. Le transfert des données probantes concernant la qualité des soins vers la pratique demande le développement de méthodes complexes et spécifiques. La profession infirmière devrait s'intéresser plus largement à ces données et à leur utilisation.

Lynne McVey, inf. M. Sc., a démontré par différents exemples l'importance de se comparer par des indicateurs pour encourager l'amélioration de la qualité des soins. Elle invite les participantes et participants au congrès à appuyer la mise en place d'indicateurs internationaux pour l'amélioration de la qualité de soins infirmiers. Les indicateurs prioritaires ciblés sont : les plaies de pression, les erreurs d'administration de médicaments, les infections urinaires par cathéter, les chutes, la durée du séjour hospitalier et le taux de réadmissions (Dubois et al., 2015).

Des exemples concrets de la mise en place de solutions infirmières pour donner accès à la population aux services de santé ont été présentés. Par exemple, le départ de huit médecins de famille dans un groupe de médecine de famille (GMF) a été le facteur déclencheur d'un des projets, soit la redistribution de 80 % des activités faites par ces médecins aux infirmières de différents niveaux de formation déjà présentes et le soutien par une secrétaire qui a permis de maintenir l'accessibilité pour la clientèle.

Le forum grand public qui invitait les patients et leurs proches à discuter du partenariat soignant soigné pour améliorer la qualité des soins et services de santé a été fort intéressant. Des personnes soignées se sont exprimées sur leurs besoins de participer aux prises de décisions les concernant et sur leur capacité à connaître ce qui est bon pour eux et leur famille. Différentes questions ont été posées aux infirmières, par exemple : « Pourquoi, lorsqu'on arrive à l'urgence avec un problème de santé mentale, nous déshabille-t-on pour nous mettre une jaquette d'hôpital? Ça amplifie plutôt notre problème... » « Je me suis occupée de mon mari dément pendant six ans à la maison. Je me demande, pourquoi, lorsqu'il est entré en CHSLD, mon expérience n'a pas été bienvenue. » « On a besoin de vous, mais on veut faire partie de nos soins et de ceux de notre famille. »

Par Martine Dallaire, inf., M. Sc.

Références

SIDIIEF/RÉFIPS (2014). Prise de position sur l'urgence d'agir en promotion de la santé (PDF).

Dubois, C-A., D'Amour, D., Brault, I., Dallaire, C., Déry, J., Duhoux, A., Lavoie-Tremblay, M. et Mathieu, M. (2015). Indicateurs prioritaires pour évaluer la contribution infirmière à la qualité des soins : revue systématique des écrits.


Martine Dallaire

 

Recherche

Mots clés

TD