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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

LE SYNDROME DOULOUREUX RÉGIONAL COMPLEXE (SDRC), VOUS CONNAISSEZ?


Lise Laflamme

Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) est connu sous différentes dénominations, telles que l'algodystrophie, la dystrophie sympathique réflexe (DSR), l'atrophie de Sudeck ou le syndrome épaule-main.

Ce n'est qu'en 1994 que l'appellation utilisée aujourd'hui fut adoptée et que sa définition officielle fut proposée par l'International Association for Study of Pain (IASP), en plus des critères diagnostiques. Citons, par exemple, les critères de Bruehl 1996 et ceux de Budapest 2003.

Le SDRC était jusqu'à récemment une maladie très peu connue. Aujourd'hui, c'est l'un des syndromes douloureux que l'on rencontre régulièrement au Centre interdisciplinaire en gestion de la douleur (CIGD).

Ce phénomène apparaît dans près de 45 à 65 % des cas après un traumatisme physique avec blessure musculo-squelettique provoqué soit par une fracture, soit par l'écrasement d'un nerf ou d'un tendon. Le SDRC peut également survenir après un AVC ou à la suite d'une chirurgie. On comprend donc que ce phénomène est souvent associé à l'immobilisation d'un membre. Ce syndrome touche le plus souvent les extrémités. La durée de cette maladie est imprévisible. Elle peut varier de quelques semaines à plusieurs années.

Le SDRC est un syndrome dont le diagnostic clinique est caractérisé par une douleur continue disproportionnée par rapport à l'événement initiateur. Ces douleurs sévères, dites neuropathiques et nociceptives, sont associées à une dysfonction du système nerveux sympathique. Ce syndrome comporte plusieurs symptômes et mécanismes qui affectent généralement un ou plusieurs membres supérieurs ou inférieurs, mais il peut également atteindre l'hémicorps, les deux côtés et même les quatre membres. Il se divise en deux types : le type 1 dans lequel il y a absence de lésion nerveuse et le type 2 (causalgie) où un traumatisme important d'un nerf périphérique est en cause.

CRITÈRES DIAGNOSTIQUES DE BUDAPEST (IASP)
POUR LE SYNDROME DOULOUREUX RÉGIONAL COMPLEXE

1. Douleur
Disproportionnée par rapport à l'événement initial

2. Symptômes
Au moins un symptôme dans trois des catégories suivantes :

  • Sensitif : hyperesthésie, allodynie
  • Vasomoteur : changements de température ou de coloration
  • Sudomoteur : œdème, changements dans la sudation
  • Moteur, trophique : diminution de l'amplitude des mouvements, faiblesse, tremblements, dystonie, changements trophiques de la peau, des poils, des ongles

3. Signes
Au moins un signe dans deux des catégories suivantes :

  • Sensitif : hyperesthésie à la piqûre
  • Vasomoteur : changements de température ou de coloration
  • Sudomoteur : œdème, changements dans la sudation
  • Moteur, trophique : diminution de l'amplitude des mouvements, faiblesse, tremblements, dystonie, changements trophiques de la peau, des poils, des ongles

4. Aucun autre diagnostic ne peut expliquer les symptômes et les signes

Source : Harden, N., Bruehi, S., Perez, R., et al. (2010). Validation of proposed diagnostic
criteria (The Budapest Criteria) for complex regional pain syndrome. Pain, 150(2), 268-274.
Reproduction autorisée.

 

Autres symptômes spécifiques pouvant également être associés à ce syndrome
  • Trouble du sommeil
  • Stress lié aux tâches quotidiennes, à l'emploi, aux litiges possibles, à la douleur continuelle, aux problèmes familiaux...
  • Effets secondaires des médicaments
  • Troubles psychologiques (anxiété, colère, dépression, etc.)

 

Ces manifestations sont dues à des désordres importants du système nerveux sympathique. Notons qu'aucun test de laboratoire ni qu'aucun test radiologique ne documentent cette pathologie, bien que la scintigraphie osseuse puisse parfois apporter des éléments contributifs. C'est avec l'histoire médicale et l'examen objectif que ce diagnostic est principalement établi.

Un SDRC non traité rapidement peut avoir de lourdes conséquences en raison des difformités articulaires et musculaires permanentes qu'il peut entraîner ainsi que de la douleur persistante. Par conséquent, cela peut engendrer également les problèmes psychosociaux et psychiatriques significatifs.

Plusieurs modalités peuvent être utilisées dans un Centre d'expertise en gestion de la douleur chronique (2e et 3e lignes) :

MODALITÉS THÉRAPEUTIQUES

CARACTÉRISTIQUES

Pharmacologique

  • Vitamine C
  • Anti-inflammatoire non stéroïdien
  • Corticoïdes per os
  • Analgésiques non opiacés et opiacés oraux ou transdermiques
  • Anticonvulsivants et antidépresseurs
  • Crèmes topiques
  • Perfusion de kétamine intraveineuse

Blocs nerveux

Blocs nerveux plexiques et sympathiques (intraveineux, ganglion stellaire ou sympathique lombaire, péridurale continue)

Neuromodulation

Stimulation électrique directement au niveau des nerfs périphériques, de la moelle épinière, des nerfs crâniens ou du cerveau

Injection intrathécale

Lorsque toutes les autres modalités de traitement n'ont pas réussi à enlever les symptomatologies douloureuses ou la spasticité du patient, la pompe intrathécale est un dispositif qui permet d'administrer de petites quantités de médicaments (opiacés) directement dans le fluide cérébrospinal (liquide céphalo-rachidien)
Actuellement, son usage est uniquement expérimental.

Autres

Programme d'imagerie motrice, thérapie miroir, programmes d'exercices, stimulation tactile, stimulation électrique transcutanée (TENS), psychothérapie, etc.

 

Un manque de connaissance de la pathologie peut contribuer au retardement d'une prise en charge optimale. Comme le diagnostic est difficile à poser, la référence en clinique de douleur se fait beaucoup plus tardivement, ce qui peut affecter considérablement le pronostic.

 

Ainsi, la guérison et la prise en charge varient grandement selon les cas, cela va de quelques mois à plusieurs années. Les signes et symptômes résiduels les plus fréquemment rapportés sont respectivement la raideur, la douleur, la faiblesse et les troubles moteurs. Ils sont cependant moins importants qu'au début de la prise en charge.

En conclusion, une meilleure diffusion de l'information, auprès des professionnels de la santé, permettrait de détecter de façon précoce les cas de SDRC. Cela permettrait d'appliquer les modalités de traitement et de diriger les patients le plus rapidement possible vers une équipe interdisciplinaire (médecin, personnel infirmier, psychologue, physiothérapeute et ergothérapeute) pour une prise en charge globale afin de limiter les nombreuses pertes fonctionnelles prolongées qui affectent les patients touchés par le SDRC.

Références

  • Ministère de la Santé et des Services sociaux[MSSS] (2015).Algorithme de prise en charge interdisciplinaire du syndrome de douleur régional complexe (SDRC). Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
  • Fugère, F. (2015). Le Syndrome Douloureux Régional Complexe. Le Médecin du Québec, 50(1), 41-46.
  • Bruehl, S. (2015). Complexe regional pain syndrome. BMJ, 351. doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.h2730
  • Faire équipe face à la douleur chronique. Un ouvrage conçu pour les patients et écrit par leurs professionnels de la santé. Les Productions Odon Inc. 3e trimestre 2010;
  • Dolbec, P. (2002). Le syndrome de douleur régionale complexe : quand ça fait mal… Le clinicien, 87-94.

Voici quelques exemples de SDRC :


© François Fugère. Reproduction autorisée
Fugère, F. (2015). Le Syndrome Douloureux Régional Complexe. Le Médecin du Québec, 50(1), p. 43.


© François Fugère. Reproduction autorisée
Fugère, F. (2015). Le Syndrome Douloureux Régional Complexe. Le Médecin du Québec, 50(1), p.42.

Lise Laflamme, infirmière clinicienne, Centre interdisciplinaire en gestion de la douleur

Document validé par le Dr Jean-Pierre Dropinski, directeur médical, Centre interdisciplinaire en gestion de la douleur.

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