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TENDANCES INFIRMIÈRES

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Retour sur le Colloque : Polypharmacie et Déprescription


Jacinthe Leclerc

Le 4 décembre dernier s'est tenu le Colloque : Polypharmacie et déprescription, des réalités cliniques et de la recherche jusqu'à la surveillance à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), campus de Lévis. Cette journée était organisée par Caroline Sirois, professeure à l'UQAR et chercheuse au Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, et chercheuse associée à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ainsi que par Valérie Émond, chef de l'unité scientifique des maladies chroniques et traumatismes, et adjointe au soutien développement méthodologique et assurance qualité du Bureau d'information et d'études en santé des populations à l'INSPQ. Lors de cette journée, près d'une dizaine de conférenciers de renommée internationale ont présenté les plus récentes données en polypharmacie et déprescription, sujets n'ayant pas encore de consensus scientifique quant aux définitions et aux lignes directrices.

Plusieurs définitions de polypharmacie sont utilisées, mais celle qui a été retenue par l'une des organisatrices du colloque, Caroline Sirois, est la consommation de plusieurs médicaments à la fois, généralement plus de 10 chez les personnes âgées de 65 ans et plus, ayant comme risque d'affecter négativement l'état de santé entre autres par les interactions médicamenteuses, les effets indésirables et les problèmes cognitifs. Comme il a été présenté le 4 décembre, la polypharmacie est caractérisée par une ou des prescriptions potentiellement inappropriées. Ces dernières peuvent avoir un impact sur l'adhésion aux traitements et l'usage optimal des médicaments, et l'inverse est aussi vrai. Une faible adhésion aux traitements pourrait entraîner une situation de polypharmacie. La chercheuse Line Guénette a proposé des interventions pour réduire le fardeau de la polypharmacie et les problèmes d'adhésion aux traitements y étant associés : diminuer la complexité du traitement, améliorer la qualité du traitement et adapter la thérapie au patient.

Les recherches actuelles portent d'ailleurs sur la solution de la déprescription, définie comme un processus de diminution, d'arrêt ou de retrait de médicament (Garfinkel et al., 2015). La Dre Emily Reeve, de l'Université de Sydney, en Australie, a expliqué que dans le cadre de ses recherches, elle a réalisé que les patients sont réticents et inquiets quand vient le moment de cesser de prendre certains médicaments, même si ceux-ci sont potentiellement inappropriés. La peur d'une recrudescence de la maladie en serait l'une des causes. Le Dr Carlos H. Rojas-Fernandez suggérait une intervention simple de déprescription, comportant généralement davantage de bénéfices par rapport aux risques. La première étape de l'intervention pourrait toucher les inhibiteurs de la pompe à protons (ex. : pantoprazole), car c'est la classe médicamenteuse la plus fréquemment rencontrée en polypharmacie.

À la suite d'une revue exhaustive de la littérature, la chercheuse Edeltraut Kröger et son équipe ont développé un outil servant à distinguer les médicaments appropriés de ceux qui sont inappropriés en démence sévère. Le tout est publié sur le site Internet du Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.

Cette chercheuse mentionnait qu'il serait essentiel d'inclure dans la recherche toutes les infirmières qui travaillent auprès des personnes âgées, étant donné leur proximité avec les patients, pour détecter les médicaments potentiellement inappropriés. Il a enfin été suggéré que les personnes âgées, qui souffrent de démence sévère et qui présentent un profil de polypharmacie, devraient cesser de prendre un seul médicament à la fois.

Selon Caroline Sirois, il serait nécessaire qu'une intervention multidisciplinaire concertée soit mise en œuvre pour favoriser la détection des situations de polypharmacie et suggérer des moyens de déprescription adaptés à chaque patient. Considérant l'hésitation des patients quant au retrait d'un ou de plusieurs de leurs médicaments, ainsi que le temps que cela prend pour l'analyse détaillée du profil pharmaceutique par le pharmacien, le médecin ou l'infirmière, il y a encore beaucoup de travail d'éducation à faire en ce qui concerne la polypharmacie.

Jacinthe Leclerc, inf., Ph. D. (c.)

Référence

Garfinkel, D, Ilhan, B. et Bahat, G. (2015). Routine deprescribing of chronic medications to combat polypharmacy. Therapeutic Advances in Drug Safety, 6(6), 212-233.

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