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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

LE DELIRIUM, POUR SE DÉMÊLER SOI-MÊME!

La situation de M. Henri

Stéphanie Duguay Catherine Fortin
Stéphanie Duguay               Catherine Fortin

Vous êtes l’infirmière de M. Henri, un homme de 55 ans. Il est atteint d’une leucémie myéloïde aiguë et il a subi, il y a 10 jours, une greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques. Ce matin, lors de votre tournée, le thermomètre affiche une température de 38,5 degrés Celsius et les résultats sanguins démontrent de faibles niveaux de globules blancs et de neutrophiles. Son épouse affirme qu’il est confus et agité. Il dit : « Je dois arroser les fleurs! » Le médecin diagnostique une neutropénie fébrile ainsi qu’un delirium. Mme Henri se présente à vous et se dit très inquiète. Elle craint que son mari ne soit devenu fou.

Définition

L’American Psychiatric Association [APA] définit l’état confusionnel (delirium) « comme une perturbation de l’attention (difficulté à diriger, focaliser, soutenir et déplacer son attention), de la conscience (diminution de l’orientation dans l’environnement) et une perturbation cognitive (déficit de la mémoire, de l’orientation, du langage, des habiletés visuospatiales ou des perceptions). » (APA , 2015, p. 704)

Ces perturbations s’installent en un temps court (généralement de quelques heures à quelques jours) et représentent un changement par rapport à l’état habituel de la personne. Elles tendent à fluctuer en sévérité tout au long de la journée. Ainsi, la personne peut alterner entre des états confusionnels et des périodes de normalité. L’état confusionnel est la conséquence physiologique directe d’une affection médicale. Il est habituellement transitoire et réversible.

Plusieurs facettes

Le delirium « peut se présenter sous trois formes : hyperactive (hypervigilence, agressivité et hallucinations), hypoactive (patient sans entrain et difficilement stimulable) et mixte (association des symptômes d’hypervigilance et d’hypovigilance) » (APA , 2015, p. 704). Il peut se présenter à tout âge, mais plus particulièrement chez la personne âgée. (Ministère de la Santé et des Services sociaux [MSSS], 2012)

Un mal invisible

Le delirium est un problème fréquent mais, en raison de la complexité de la présentation des symptômes, il est régulièrement sous-diagnostiqué, donc, sous-traité. D’ailleurs, une étude réalisée en oncologie a révélé que le delirium n’avait pas été diagnostiqué dans 50 % des cas. (Weckmann, Gingrich, Mills, Hook, et Beglinger, 2012)

En cancérologie, le delirium touche pourtant presque 80 % des patients en phase terminale et de 8 % à 40 % des patients hospitalisés (Gagnon, 2008). Chez les patients atteints de cancer hématologique, ce taux varie de 18 % à 85 % (Weckmann et al., 2012). Les impacts sont graves et concernent le patient (facteur de gravité sur le plan du pronostic, augmentation des risques de chutes et interférence dans les soins), l’entourage (importante source de détresse et interprétation erronée des symptômes) et les intervenants (détresse et interférence dans les soins).

Causes

Le delirium n’est pas un problème d’ordre psychologique. Il relève plutôt d’un désordre d’origine organique. La plupart du temps, il y a plus d’une cause. En voici quelques exemples : infection, douleur, certaines classes de médicaments (ex. : opioïdes et corticostéroïdes), dénutrition, désordres métaboliques, fécalome, rétention urinaire, atteinte cérébrale directe (métastases), fréquent changement de chambre, et privation ou surstimulation sensorielle.

Traitement

Le traitement du delirium consiste, pour les membres de l’équipe traitante, à trouver la cause et à la traiter. Le rôle de la médication psychotrope vise à contrôler les manifestations du delirium. L’infirmière administre la médication psychotrope régulière et au besoin selon son évaluation et son jugement clinique. Toutefois, il est recommandé d’éviter le plus possible la médication lorsque le patient présente des comportements anormaux sans être agressif (ex. : déambule dans la chambre calmement). Il faut davantage privilégier une approche béhaviorale et environnementale.

Interventions infirmières

Plusieurs interventions non pharmacologiques psycho-environnementales sont possibles, en voici quelques-unes :

Orientation

  • Resituer dans le temps et l’espace (horloge, calendrier);
  • Encourager l’utilisation d’objets familiers;
  • Privilégier une luminosité naturelle.

Stimulation

  • Éviter la surcharge de stimuli;
  • Regrouper les soins dans la mesure du possible;
  • Favoriser un sommeil de qualité;
  • Favoriser l’activité physique et la stimulation intellectuelle (adaptée à la situation de la personne).

Communication

  • Rassurer, demeurer calme;
  • Corriger les déficits sensoriels (lunettes et prothèses auditives);
  • Utiliser des phrases simples.

Suivi régulier et fréquent

  • Prendre les signes vitaux;
  • Surveiller l’apport liquidien et nutritionnel et pallier cet apport au besoin;
  • Contrôler les symptômes de delirium et donner la médication au besoin (votre évaluation et votre jugement infirmier sont vos meilleurs outils).

Les proches

  • Les éduquer sur le delirium;
  • Soutenir et doser les interactions avec les proches;
  • Les impliquer.

Votre rôle en tant qu’infirmière est primordial. Vous êtes la professionnelle la mieux placée afin de détecter et de prévenir le delirium. Cela dit, le problème du delirium est aussi une affaire d’équipe où tous ont leurs responsabilités.

 

Stéphanie Duguay, inf. M. Sc., CSIO(C) 
Catherine Fortin, inf. M. Sc.

 


 

Références 

American Psychiatric Association. (2015). DSM-5 : manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd.). Issy-les-Moulineaux, France : Elsevier Masson.

Gagnon, P. R. (2008). Treatment of delirium in supportive and palliative care. Current Opinion in Supportive and Palliative Care, 2(1), 60-66. Doi : http://dx.doi.org/10.1097/SPC.0b013e3282f4ce05

Ministère de la Santé et des Services sociaux. (2012). Delirium : état cognitif : approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier. Repéré à http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2012/12-830-08W.pdf

Weckmann, M. T., Gingrich, R., Mills, J. A., Hook, L., et Beglinger, L. J. (2012). Risk factors for delirium in patients undergoing hematopoietic stem cell transplantation. Annals of Clinical Psychiatry, 24(3), 204-214.

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