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CLINIQUEMENT VÔTRE

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Les infirmières et la santé des réfugiés 

La profession infirmière impose de devoir s’adapter constamment aux différentes clientèles qu’elle côtoie. Bien qu’elle soit polyvalente, l’infirmière doit faire preuve d’une grande capacité d’adaptation pour travailler avec diverses clientèles, et davantage en intervention culturelle. Le travail auprès de réfugiés est très particulier. En effet, être constamment exposée à différentes cultures et pratiques oblige à la réflexion. Cet état de fait implique un ajustement perpétuel qui s’inscrit dans un standard de pratique de qualité. Or, quelles sont les conditions essentielles à une pratique de qualité qui doit en permanence s’ajuster à la diversité culturelle et à un réseau de la santé en plein changement? C’est précisément à ces interrogations que les infirmières en travail interculturel font face. Qu’est-ce que l’essence d’un travail auprès de cette clientèle et comment arriver à intervenir à la fois en respectant sa culture, ses croyances, ses obligations professionnelles et organisationnelles, et ce, en respectant toutes les sphères spécifiques à chaque usager?

Les infirmières de la clinique des réfugiés de Québec ont pour mandat d’offrir un dépistage de santé complet, exclusivement à une clientèle réfugiée nouvellement arrivée. La ville de Québec accueille environ 400 réfugiés par année et leurs origines varient en fonction de la situation mondiale et de nombreux conflits à l’intérieur même de différents pays. En outre, hormis la situation politique, de nombreuses personnes sont en danger du fait de leur affiliation religieuse ou de leur orientation sexuelle. Ainsi, la multiplicité des origines ethniques exige des infirmières une grande capacité d’adaptation. Par exemple, l’application des actes liés à un dépistage revêt une signification différente, que l’on soit d’origine canadienne, syrienne, africaine ou birmane. Aussi, il peut sembler difficile de procéder à une cytologie chez une dame africaine ayant subi de nombreuses agressions sexuelles antérieurement. De même, le simple fait de toucher lors d’un acte vaccinal, qui semble anodin, peut s’avérer plus compliqué chez l’usager ayant été victime de torture.

Comment réagir lorsque tous les membres d’une même famille veulent en tout temps assister à chacune des consultations? Cela peut se révéler difficile à concevoir dans un milieu de soins où la confidentialité revêt une importance significative. Cette même famille pour qui la solidarité a eu un effet protecteur déterminant, exposée encore à de nombreux stress de réinstallation, manifeste simplement le désir de vouloir être ensemble pour ainsi mieux gérer le stress supplémentaire. Par conséquent, il devient primordial d’être capable d’accéder à la représentation de l’autre, mais il est impossible d’accéder au monde représentatif d’un être humain sans communiquer avec lui.

Ainsi, le fait d’expliquer au réfugié les valeurs de la culture québécoise et le questionner sur les siennes permet le métissage de l’intervention et devient un élément clé pour l’infirmière dans une telle pratique. Voilà le type d’enjeux auxquels le travail en milieu interculturel nous expose. Néanmoins, quelques moyens sont à la disposition des professionnels œuvrant dans ce type de pratique. Il est incontournable de procéder à l’actualisation des connaissances en matière d’immigration, selon l’origine de la clientèle. Des organismes tels que l’Organisation internationale pour les migrations ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés publient constamment de l’information à jour. Cela permet de mieux comprendre les parcours complexes de ces clientèles, certes, mais aussi de développer la compréhension des émotions humaines entourant le processus de migration. Le professionnel doit considérer l’intensité émotive et garder actif un humanisme essentiel à chaque consultation afin d’appréhender certaines réactions émotives face aux procédures de soins.

Puisqu’il est impossible de s’approprier tous les savoirs inhérents à tous les types de clientèles et en tout temps, l’infirmière doit faire preuve d’humilité et admettre ses limites. En outre, face à une femme de 47 ans, enceinte de son dixième enfant qui nous questionne sur la volonté de Dieu, on omettra volontairement de préciser nos croyances personnelles et tenterons de l’aider à trouver son propre sens à la poursuite de cette grossesse. Le travail avec interprète prend certes plus de temps, mais la démarche ne saurait être différente. Il s’agit d’entrer en contact, de discuter avec une autre personne et d’essayer d’intervenir selon la situation clinique en ne connaissant pas au préalable cette personne. Il s’agit de trouver cet espace d’échange mutuel essentiel au soin.

Somme toute, ce travail n’est pas si différent d’un autre contexte de soins. L’infirmière accepte d’entrer en relation avec l’autre, de valider ses perceptions et de s’ajuster. Au-delà du type de clientèle, n’est-ce pas là, de toute façon, l’essence même de la profession infirmière?

Julie Jacques, inf. M. Sc. (c) et DESS (c)

Julie Jacques est titulaire d’un DEC en soins infirmiers du cégep de Lévis Lauzon et d’un baccalauréat en sciences infirmières de l’Université du Québec à Rimouski. Elle est présentement étudiante à la maîtrise en sciences infirmières, volet infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (Université Laval) et travaille également à la clinique santé des réfugiés (CIUSSS de la Capitale-National) depuis 2013.

 

 

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