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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Article écrit pour l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de Chaudière-Appalaches.
Reproduit avec la permission de l’auteure.

Par Frédérique Pettigrew, infirmière praticienne spécialisée en soins aux adultes (IPSSA) en maladies inflammatoires intestinales, CHU de Québec

La calprotectine fécale (CF) : pourquoi l’utiliser et comment l’interpréter

Vous rencontrez Madame Belleau, 27 ans, au GMF lors de la consultation sans rendez-vous pour des symptômes digestifs depuis maintenant un an. Elle se plaint surtout de ballonnement abdominal et de deux à trois selles diarrhéiques par jour. Il n’y a pas de sang ni de mucus dans ses selles. Ces symptômes sont apparus progressivement sur une période de 12 mois à la suite d’une séparation. Elle a déjà subi une investigation complète pour une intolérance au gluten qui s’est avérée négative. Elle raconte avoir plus de symptômes selon ce qu’elle mange ou lors des périodes plus anxiogènes. Elle est inquiète puisque son cousin a une maladie inflammatoire intestinale. Les prises de sang incluant un bilan inflammatoire sont normales. Vous vous demandez quels examens vous pourriez faire afin d’orienter votre diagnostic et les diagnostics différentiels.

Résumé

Plusieurs patients consultent annuellement pour des douleurs abdominales ou de la diarrhée chronique. Les diagnostics principaux sont les maladies inflammatoires de l’intestin (MII), le syndrome du côlon irritable (SCI) ou le cancer colorectal. Peu d’algorithmes de prise en charge existent actuellement pour les patients ayant des symptômes digestifs chroniques. La colonoscopie, au coût moyen de 550 $ (au privé), est l’examen de choix pour cette clientèle. La calprotectine fécale est une analyse de selles peu coûteuse (16 $) offerte par tous les laboratoires du Québec depuis 2017. L’objectif de cet article est d’expliquer que l’utilisation de la CF engendre une amélioration de la qualité de vie du patient. Cela évite un examen désagréable (colonoscopie), contribue à une diminution des coûts liés à une surutilisation des colonoscopies et aide l’IPS à décider d’une prise en charge globale basée sur les données probantes.

Qu’est-ce que la calprotectine fécale ?

La calprotectine fécale est une protéine intracellulaire provenant du cytosol des leucocytes, principalement des neutrophiles et des macrophages. Elle peut être mesurée au niveau sérique et fécal. Dans les maladies inflammatoires intestinales actives (Crohn et colite ulcéreuse), on observe une migration des neutrophiles vers les parois intestinales, ce qui entraîne une relâche de la calprotectine dans les selles. Initialement utilisée pour assurer le suivi des patients ayant une MII, la CF peut aussi être utilisée comme outil de dépistage pour les pathologies fonctionnelles digestives. Cette analyse simple et peu coûteuse se fait sur un échantillon de selle et est analysée dans un délai d’environ trois semaines. Elle peut être faussement augmentée par des causes infectieuses comme l’Helicobacter pilori ou une gastro-entérite virale, par le carcinome colorectal, par la prise d’AINS ou d’IPP, par la colite microscopique, par la maladie cœliaque non traitée et par des diverticulites. Une calprotectine fécale < 50 mcg/g est considérée comme normale, alors qu’un résultat supérieur à 100 mcg/g est considéré comme élevé. La zone grise entre 50 et 100 mcg/g reste à être interprétée selon le clinicien.

Méthodologie

Deux guides de pratiques cliniques (GPC), un canadien et un américain, ont été analysés avec la grille AGREE ll. Une revue de la littérature actuelle a été effectuée et la cohérence entre les recommandations des auteurs et les publications récentes a été analysée afin de bien outiller le clinicien dans l’utilisation de la CF en milieu clinique.

Quelques données probantes

La revue de la littérature récente a permis de mettre en lumière les résultats suivants : la CF est excellente en intervention de dépistage des pathologies inflammatoires vs fonctionnelles et diminue les colonoscopies de 66,7 % (Petryszyn, Staniak, Wolosianska, & Ekk-Cierniakowski, 2019). La CF est non invasive, peu coûteuse et fiable pour le dépistage. De plus, la corrélation de l’histopathologie dans la CF positive est de 89 % (Fauny et al., 2020). Une sensibilité de 91 % a été démontrée avec un taux < 50 mcg/g et une spécificité de 82 % avec un taux > 250 mcg/g (Freeman, Willis, Fraser, Taylor-Phillips, & Clarke, 2019).

Conclusion

Les recommandations des GPC américain et canadien sont claires : un taux de calprotectine fécale > 50 ug/g chez un patient sans MII connue est suffisant pour diriger un patient en colonoscopie de dépistage et l’utilisation de la CF est recommandée chez les patients ayant des symptômes digestifs chroniques, de douleurs abdominales ou diarrhées afin de départager la MII du SCI.

Perspectives pour le futur

Pour ce qui est de la zone grise (CF entre 51 et 100 g/ug), un contrôle de la CF pourrait être refait dans les trois mois suivant le premier résultat sauf en cas de suspicion clinique élevée. À ce moment, une référence en gastroentérologie pour une colonoscopie de dépistage devrait être faite après le premier résultat selon le jugement du clinicien. D’autres études sont en cours pour évaluer cette piste de réflexion.

Algorithme de prise en charge de la calprotectine fécale qui serait acceptable selon la littérature scientifique actuelle :

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